Libeskind à Nice
Traduit de l’Allemand par Anne-Laure Martin
Le premier projet de construction en France du Studio Libeskind est en cours de réalisation sur la Côte d’Azur (1). De son nom Iconic, il occupe une parcelle d’angle particulièrement prisée sur l’une des principales artères de la ville.
À cheval sur plusieurs lots le long des voies, le projet s’étend de la gare principale jusqu’à l’arrêt de tramway, et marque le début d’une rue piétonne. C’est toute une zone qui sera entièrement reconstruite. La surface totale de 18 300 m² est répartie sur six étages et demi : 7 000 m² de commerces, 1 800 m² de bureaux et 2 200 m² de salles de fitness, sans oublier l’hôtel Hilton de 120 chambres. Le tout enveloppé de façades pluriformes, en verre et métal étincelants.


Façades, Studio Libeskind et Février Carré Architectes
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« La conception s’inspire d’un minéral typique de la région, l’azurite : chaque pointe provient d’un cristal parfait dont les bords sont orientés vers l’avenue Jean Médecin, tandis que les surfaces en métal et en verre de la façade reflètent les maisons environnantes, le ciel et le paysage niçois.
Page Web Studio Liebeskind (3)
Sans surprise, Libeskind rompt avec les traditions urbaines : les avis restent donc divisés. Alors que certains roulent des yeux exaspérés vers le ciel en passant devant le site, d’autres, dont le maire, fondent de grands espoirs sur ce projet. Nice fait l’objet d’une politique de développement urbain ambitieuse, avec la formation de l’agglomération urbaine Métropole Nice Côte d’Azur. La cinquième ville de France compte de nombreux projets de construction déjà réalisés, en prévision ou en cours de réalisation : Allianz Riviera, Nice Méridia, Pôle Gare Thiers, Les Moulins, Eco Vallée …(4)
Le bâtiment a été conçu par le Studio Libeskind pour la Compagnie Phalsbourg et mis au point en collaboration avec Fevrier Carre Architectes. Il s’intègre aux efforts déployés pour la gare centrale, car c’est le quartier tout entier qui bénéficie d’un programme national de rénovation et de redynamisation (PNRQAD) (5). Le PNRQAD Notre Dame a été créé en 2012 et comprend les quartiers de Notre Dame, Thiers et Vernier (6).

PNRQAD Notre Dame
sur fond du plan cadastre
En 2015, dans le cadre de ce programme de rénovation urbaine, la zone est du quartier de la gare a fait l’objet d’un concours. Sur la liste des candidats sélectionnés : Altarea Cogedim avec l’architecte Clément Blanchet, Cirmad-Bouygues avec l’architecte Jean-Marie Duthilleul, Sogeprom avec Marc Mimram Architectes et Compagnie de Phalsbourg avec Daniel Libeskind. En octobre 2016, le jury a choisi le projet Iconic, sous la houlette de Daniel Libeskind, pour donner un nouveau souffle au quartier de la gare et réunir les deux quartiers Thiers et Vernier.
Tracées depuis longtemps, les lignes d’infrastructures, à savoir le chemin de fer et l’autoroute urbaine, ne seront pas modifiées par le projet de construction et représentent un véritable défi.
Les piétons, les skateurs et les cyclistes ne peuvent traverser sous les voies dans la zone de l’Iconic qu’à deux endroits : d’abord directement à côté du chantier, la zone piétonne, alors baignée d’un crépuscule bleu, se faufile sous les poutres d’acier de l’ancien pont et permet un premier passage souterrain ; puis plus à l’ouest, sous la gare, se trouve un deuxième passage, déjà très impopulaire auprès des piétons et des cyclistes en raison de la vitesse des voitures. Aucune autre connexion n’est prévue, la coupure imposée par les rails restera intacte.

av Jean Medecin/rue de la Reine Jeanne. © KJL

Tout au-dessus, la circulation ininterrompue de l’autoroute urbaine ne vient pas faciliter les choses. Le niveau de bruit réduit la qualité de vie des riverains ainsi que la valeur immobilière. La rue de la Reine Jeanne, par exemple, qui longe les voies ferrées au nord, a longtemps été négligée : coins sombres, lieux servant d’urinoir ou de décharge, stationnement gênant des camionnettes de livraison, etc. Malgré tout, les travaux déjà réalisés dans le cadre du programme de rénovation ont quelque peu changé la donne.
De l’autre côté de la voie ferrée, la situation fait meilleure figure. D’une part, on y trouve l’entrée de la gare centrale, et d’autre part, l’avenue Thiers sert de liaison en diagonale entre les deux axes nord-sud. L’avenue Thiers est désormais embellie dans le cadre du projet Pôle Gare Thiers. Évidemment, la piste cyclable attend toujours d’être achevée et les espaces verts manquent encore, mais le parvis de la gare, réaménagé avec ses stations de taxis et ses arrêts de bus, a déjà retrouvé une partie de son charme d’antan.

Vernier et Thiers
Connections
sur fond du plan cadastre
sur fond du plan cadastre
Comme dans de nombreuses villes, le quartier de la gare souffre d’être le lieu où personne ne souhaite vraiment s’attarder. En route vers un ailleurs, on ne fait que passer. Cependant, le nouveau complexe pourrait donner une autre dimension à l’endroit. Il ne se résume pas seulement à répondre à l’attrait du shopping des Niçois ; avec les bureaux et les salles de fitness, la vie professionnelle et ses à-côtés s’y installent également.
La pérennité de son succès dépendra en fin de compte de la qualité et de la diversité de l’offre : défilé de magasins de grandes chaînes avec un choix standardisé ou boutiques authentiques où l’on peut fureter en oubliant le temps ? Restauration rapide ou petits plats mitonnés avec amour ? La terrasse extérieure du restaurant à deux niveaux, situé aux 5e et 6e étages, pourrait aussi se convertir en un lieu de rencontre à la mode.

Coupe : Studio Libeskind et Février Carré Architectes
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Des espaces extérieurs accessibles au public sont situés au rez-de-chaussée. Comme la structure est clairement en retrait de la limite du site et que la différence de hauteur entre l’entrée principale et le parvis de la gare avoisine les cinq mètres, une zone tampon a été créée le long de l’avenue Thiers. Elle s’étend sur deux niveaux et ouvre sur un grand escalier où le tramway s’arrête et la zone piétonne commence, permettant d’entrer en ville.

PDM, Studio Libeskind et Février Carré Architectes
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Par ailleurs, l’agencement des volumes laisse nulle place au doute : le bâtiment tourne clairement le dos aux voies ferrées pour s’ouvrir côté sud. La connexion au nord reste limitée. Ici, l’architecture sensationnelle unit en apparence, alors que les deux espaces resteront bien séparés.
« Je voulais créer un bâtiment qui puisse être vu de toutes les perspectives. Un bâtiment qui tisse des liens de connexion et qui soit le point de rassemblement du quartier. »
Daniel Liebeskind (7)

Vue de la rue Paganini, 03/01/2021. © KJL
